Centenaire de la naissance du peintre André Dauthuille

André Dauthuille est né le 5 février 1918 à Saint-Pol-sur-Ternoise dans le Pas-de-Calais.

C'est à Arras qu'il s'est établi pour travailler comme dessinateur industriel et fonder une famille. C'est dans cette même ville qu'il finit ses jours à l'âge de 81 ans.

De là où j'étais assise par terre avec mes jouets, je le regardais peindre, s'éloigner du chevalet, s'en rapprocher une quantité innombrable de fois, plaçant son pinceau verticalement devant son visage pour reprendre le déplacement afin de matérialiser peu à peu sa vision sur la toile.

Ce fut l'occasion pour lui de représenter les places "Impression sur la Grand Place" en 1952.

Sa carrière est fleurissante dès 1951, année où dans ses archives apparaissent les premiers articles de presse mentionnant diverses expositions qu'il fit dans la région.

Puis sa notoriété commença à grandir quand, après avoir participé durant plusieurs années aux festivals internationaux de Deauville, il remporta le prix de grand finaliste en 1954 avec une gouache et crayon Conté intitulée "L'audience de la misère", une œuvre particulièrement remarquée sur plus de 1000 envois regroupant différents pays.

Cette œuvre, qu'il gardait très précieusement, le propulsa dans sa carrière ; c'est ainsi qu'il gagna chaque jour plus de reconnaissance de la part du milieu artistique, lui ouvrant par la même occasion les portes d'autres expositions plus importantes en France et à travers le monde  : Barcelone, Baden-Baden, Bruxelles,  Copenhague, Tunis, Bogota, Mexico,  New-York...

En étant critique d'art à la revue "Signatures", il montrait parallèlement son intérêt aux œuvres des artistes de sa contrée.

 

Dans sa production, on trouve beaucoup de paysages représentant la région du nord de la France, toujours avec des ciels gris et tourmentés et des arbres pris dans le vent.

Mais il fut également inspiré par ses voyages à travers la France, notamment par Vézelay qu'il affectionnait particulièrement.

Cette représentation "Escalier sur les remparts" lui a même valu divers prix.

Quand je lis les articles de presse faits à son sujet, je remarque qu'il était vu surtout comme un être de solitude : « "Le peintre de la solitude" comme certains se sont plu à l'appeler, joue en maître avec des dominantes colorées, avec des traits vigoureux qui semblaient parfois rudes, s'il n'y avait cette atmosphère indécise dont il baigne les êtres et les choses. Atmosphère qui, bien souvent, fait paraître mélancoliques et nostalgiques des toiles dont le sujet est lui-même obsédant. Artiste au pessimisme hautain, André Dauthuille charme et trouble à la fois, mais il a le grand mérite de ne pas laisser indifférent." »

 

D'autre part, coté à l'Argus des peintres et inscrit au Benezit, il reçut la distinction de Docteur Honoris Causa de l'Université américaine d'études humanistes.

 

Divers amis me témoignent leur reconnaissance et leur attachement à sa peinture et à sa personne en me faisant part de leurs souvenirs ; quelquefois en me donnant des photos de peintures qu'ils ont chez eux, comme Jeanne Maillet  (connaissances citées dans un autre article en lien). Il est même arrivé qu'un jour, à ma grande surprise, la famille du galeriste Morel où il exposa durant de nombreuses années me restitua des croquis qui étaient restés dans un carton à dessin encore avec l'étiquette de ma classe de lycée "3ème B" ; geste qui m'a beaucoup touchée.

 

J'aime aussi évoquer avec Jacky Roussel (un ami d'enfance) les souvenirs du temps où il venait à la maison avec ses parents, eux-mêmes admirateurs, ayant acheté des toiles à plusieurs reprises.

Ainsi, nous évoquions récemment le tableau nommé "L'homme au cigare" qui l'avait marqué dans le passé.

C'était une peinture imposante qui trônait dans le salon. Ma mère l'appelait "Le grand-père" et je me souviens que lorsque la toile a été vendue, tout le monde a senti un grand vide qui se reproduisait en chacun de nous dès l'entrée dans la pièce.

C'est en feuilletant encore les archives que je trouve la maison de ma marraine qui habitait La Madelaine-sous-Montreuil-sur-Mer.

Mon père pouvait être philosophe et poète ;  ainsi écrivait-il dans un article : " J'adore les molles ondulations des feuilles dans les arbres, à l'heure où les ombres s'allongent ou quand le soleil va brasiller dans un jour de juillet..."

Personnellement, je lui dois cette peinture qui m’atteint  particulièrement puisqu'elle me représente en tenue de Valenciana quand j'étais adolescente.

Maintenant mon père André Dauthuille est parti sur cette route inconnue.

  "Le solitaire"

Mais je pense que ses œuvres se sont davantage éclairées au fur et à mesure des années ; les tons dorés apparaissent maintenant sur les toiles.

Et l'air devient plus léger tandis que les arbres sont moins dénudés, comme s'il y avait une autre respiration

Les aquarelles prennent des tons chauds.

pour arriver à une sorte de sérénité, là où le ciel d'or rejoint les arbres qu'il aimait tant dans un paysage d'un autre monde.

C'est le dernier tableau qu'il a peint ; un grand format comme il rêvait d'en faire. Quand il eut fini ; il dit sur un ton qui n'attendait pas réponse : "Je n'ai plus rien à dire."