Henri Bosco

Rencontre de l’écrivain le 28 août 1973 à Lourmarin.
Conférence donnée à Saint-Pol sur Ternoise le 15 janvier 1980 : "Henri Bosco ou la réalité de l’imperceptible"

    C'est ainsi que ce 28 août, je suivis un petit chien par un sentier qui m'amena au "Bastidon". Enfin, je prenais contact avec cette terre, ces paysages du Lubéron tant décrits dans les récits de l'auteur. J'étais dans la même atmosphère de chaleur, de lumière, de senteurs, de bruits que celle que j'avais lue dans les nombreux livres.

    Madame Bosco me fit entrer dans le bureau, je m'assis et attendis en détaillant et contemplant tous les objets et peintures.

     Henri Bosco entra et contrairement à ce que l'on aurait pu imaginer ; c'est lui qui me posa une multitude de questions, puis il me dédicaça le livre relié que je lui avais apporté et qui s'appelait "Tante Martine". 

     Je lui dis aussi que j'écrivais et lui laissai un livret (un premier jet) que j'appelais alors "Une abeille à contre-jour" et qui deviendra : "Les voyageurs au sang d'or".

     Je pris congé, heureuse de cette rencontre très courtoise et quelque part pleine d' émotion sacrée et je revins au village ; et là, je dépunaisai du portant d'une boutique la dernière carte postale un peu abîmée qui restait et qui représentait  le "Bastidon". J'entrai dans le magasin et l'achetai en souvenir.

  Puis la thèse est née ; à l'heure actuelle, une affiche avec la photo du romancier se trouve sur le mur devant moi, affiche sur laquelle il est écrit : "Rêver l'enfance" et qui servit au colloque donné par l'Université d'Artois en 1998.

     Je suis aussi, depuis peu, en relation avec une dame de Lourmarin qui habite près du "Bastidon", personne qui a très bien connu la famille Bosco ainsi que Jacqueline Ballman ; il a été convenu que je devrais lui rendre visite dans les mois à venir.

" Après avoir, à l'aide d'images éblouissantes parlé de la dualité du personnage, partagé entre mysticisme et paganisme, Kathy Dauthuille en vint à ce qui est l’objet principal de la thèse qu’elle va maintenir prochainement sur Henri Bosco l’importance et le sacré à travers les objets (par exemple pour Henri Bosco, la lampe, le bijou, la pierre, étaient porteurs de messages et chargés de pouvoir)".

Jeanne Maillet  - L'abeille de la Ternoise


En mémoire et aussi en hommage à Henri Bosco, je rédigeais ma thèse de Doctorat de 3ème cycle : "La fonction des objets dans "L'Antiquaire et "Antonin"'. La soutenance eut lieu le 4 mars 1983 à Lille III. J'eus l'honneur d'avoir comme directeur de thèse Monsieur le Doyen Pierre Reboul. A la soutenance était présente Jacqueline Ballman (amie de l'écrivain), venue spécialement de Belgique. Ce fut pour moi un grand bonheur, d'autant plus que la mention "Très bien" me fut attribuée.


"Le jury s'est plu à mettre en relief à côté des remarquables qualités universitaires de son travail, cet élément d' appréhension supplémentaire qu'est certainement la vision personnelle de Kathy Dauthuille sur Henri Bosco. Vision à la fois poétique, ésotérique et qui donne une large place à la notion de 'sacré'."

Arras Artois
 


J'ai toujours senti un accord, une harmonie entre sa pensée et la mienne. Petite, je me délectais dans la lecture de ses romans et plus tard, j' approfondissais la pensée pour découvrir l' accord secret qui pouvait résider au sein des mots.
Le mystère, le sacré, le silence, la perception du rythme de la nature, les objets mis en évidence, comme ayant leur propre vie captaient toute mon attention. Il dit :

"Je communique naturellement avec les choses qui m' entourent, c'est un don. Une lampe est un compagnon qui se tait. Les choses n'ont pas l'air de vivre ; on ne s'en méfie pas. Cependant elles vivent et il en rayonne un pouvoir obscur."

 

Ses récits (car il n'aimait pas le mot "roman", disant que le récit lui était indispensable pour atteindre directement à la poésie) sont donc oniriques, porteurs de rêve.
Ce qui me plaît particulièrement chez Bosco ; c'est qu'il passe du réel à l'invisible sans transition.
Et ce rêve, pour lui, vient de l'enfance :

"Or tout semble venir du rêve, et le seul véritable âge du rêve, c'est celui de l'enfance. Là on rêve vraiment. Plus tard, on ne rêve jamais que sur ses premiers rêves."
 

Dans l'œuvre de Bosco, nous avons une contemplation des paysages, une étude des atmosphères à toutes les heures du jour et de la nuit. A cela se greffent le thème de l'attente, l'attention prêtée aux songes, aux présages, au silence, le goût des mythes anciens. Nous régnons dans le monde de l' instinct et du sacré.

Et c'est dans Le Lubéron au pied duquel il a son bastidon à Lourmarin qu' il trouve une impression de mystère intense car pour lui, c'est un lieu magnétique où passent des courants telluriques qui chargent électriquement les lieux.

Voici un extrait de L'épervier :

"Quelqu'un qui attend, fût-il invisible dans l' ombre et tout-à-fait silencieux, n'en rend pas moins étranges le silence et l'obscurité de son attente. Pour peu qu'on ait des sens exercés à l'imperceptible, on de s'y trompe pas."

INSCRIPTION POUR UNE MONTAGNE

LE LUBERON

 

Laisse que tes yeux s'y attardent

qu'ils patientent et qu'ils contemplent,

sous ce corps massif issu de la terre

tu sentiras que rêve une pensée

que rode dans la pierre une passion obscure,

pensée telle que peut en rêver la matière,

passion aux feux couverts de l'être minéral

qui couve dans les profondeurs

où gémissent en vain les germes de la vie.

ici la pierre songe et peut-être désire :

un dieu anonyme inquiète les hommes.

Henri Bosco

C'est durant la période de l'ascension 2010 que je retournai à Lourmarin, comme prévu. L'aimable propriétaire de la Bastide voisine et gardien des clefs, me fit le privilège de me faire visiter le Bastidon en privé ; nous entrâmes par le coeur de la maison avec une lampe de poche et après avoir emprunté l'escalier interne, je me trouvai dans le bureau de l'écrivain. Tout était à la même place comme il y avait trentre-sept ans...

Je revoyais le bureau et la grande fresque grandiose de Edy Legrand qui met en scène les personnages de divers romans de l'auteur et je remarquai avec surprise et amusement qu'un petit chien caniche nous accompagnait et qu'il resta devant la porte du bureau à l'extérieur comme étant un clin d’œil à ma première visite en 1973 puisqu'un chien du voisinage tout à fait semblable me guida alors.

Mais aujourd'hui les volets se ferment sur le silence et il n'y aura pas de chandelle pour indiquer au passant que quelqu'un veille ou songe en la demeure (comme l'a si bien expliqué Bachelard dans "La flamme d'une chandelle")
Au soir, je revins sur les lieux, le vent soufflait en bourrasques ; il faisait frais, les arbres aux multiples essences frissonnaient de leur sombre ramure. Je fis quelques pas autour du domicile et découvris une tombe (celle d'un animal sans doute) car il y avait un petit cercle de pierres dont l'une d'elles était dressée. Ensuite je pris un chemin de traverse pour retourner à la Bastide, chemin qu'empruntait Henri Bosco (m'avait raconté le voisin) pour aller rendre visite à ses amis ; je hâtai le pas, le froid et l'ombre prenaient possession de l'oliveraie, des bois et des buttes.

Et au matin, en sortant sous l'auvent, j'eus la triste constatation de voir un oiseau mort sur le canapé ; un verdier reposait là, un peu comme un signe de la nature.

Quand je fus de retour à mon domicile, je regardai toutes les photos du séjour ; il y avait bien le Bastidon, les fontaines du village, le château mais il n'y avait aucune de celles que j'avais prises de la tombe de l'écrivain !
Aussi je me dis que tous les chemins et les lieux décrits dans les récits de l'auteur se sont présentés et continuent de se présenter devant moi et que tout le Lubéron resplendit de lumière comme il avait resplendi jadis lorsque Henri Bosco partait à l'aventure sur ses pentes.

Je dois dire que séjourner à deux pas du Bastidon me fit entrer dans une notion du temps très particulière, que je ressentis un état d'émotion étrange et confus ; comme une sorte de thambos ; alors le cycle de la vie et de la mort m'apparut soudainement comme si l'air que je respirais était fait de vagues. Mais je constate avec bonheur que tout le corps de cette maison mythique se dégage toujours de la colline arborée dans une lumière un peu fluide, bleutée, légère et vibrante et que la vie continue de sourdre de ses pierres.

Apocalypse de Saint-Jean traduite de la Vulgate et du texte grec par Henri Bosco (Voir l'Ile de Patmos dans les articles)

 

"L'expression poétique chez Henri BOSCO", conférence donnée par Kathy DAUTHUILLE au Festival Folquet de la poésie à LUNEL le 10 octobre 2020 : CLIC !

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