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Chanson de toile

La nuit d’un bleu sombre frôlait le sol,
Les portes de la cité se fermaient,
Et par une des fenêtres éclairées,
Le regard du passant, sur une étrange
Et imposante draperie, se figea.


Nuance du temps,
Nuance du vent.
Entre les colonnes blanches et ciselées,
C’est la marche lente des fiancés.


Le décor présentait l’emmarchement d’un cloître ;
En s’attardant devant la scène accrochée,
La tapisserie brodée de laine et de soie,
Aux divers symboles dispersés, apparaissait,
Respirait et même par instants, se soulevait.


Nuance du temps,
Nuance du vent.
Entre les colonnes blanches et ciselées,
C’est la marche lente des fiancés.


Sur cette tenture aux couleurs diffuses
Des animaux du ciel et de la terre,
Se mélangeaient, comme pétrifiés,
Tandis que deux extatiques silhouettes
Près de la fontaine, conciliabulaient


Nuance du temps,
Nuance du vent.
Entre les colonnes blanches et ciselées,
C’est la marche lente des fiancés.


Le hautelissier avait lié le pourpre au bleu,
Tissant une dame à la longue robe aux pans ailés ;
Elle jouait à la viole une aubade troublée
Que le personnage au manteau cramoisi écoutait,
Un oiseau sur son poignet, délicatement posé.


Nuance du temps,
Nuance du vent.
Entre les colonnes blanches et ciselées,
C’est la marche lente des fiancés.


Sur la toile des jours, les pensées
Traversaient les lieux du jardin sacré
Que le murmure de l’eau habitait.
Les heures lentement s’égrenaient
De l’aube rosée au crépuscule embaumé.


Nuance du temps,
Nuance du vent.
Entre les colonnes blanches et ciselées,
C’est la marche lente des fiancés.


Hors du temps, dans les espaces calfeutrés,
Où les différents règnes se juxtaposaient,
Les arches, à l’infini, se prolongeaient,
Coupant le rideau champêtre bordé de glands
Que frangeaient des fils d’or et d’argent.


Nuance du temps,
Nuance du vent.
Entre les colonnes blanches et ciselées,
C’est la marche lente des fiancés.


Les promeneurs entourés de spirales de fleurs
Et de lierres entrelacés, tendaient l’oreille au vent ;
Ils cheminaient vers le portail de l’orée
Duquel des myriades d’oiseaux apprivoisés,
S’envolaient en nuées par-dessus la haie.


Nuance du temps,
Nuance du vent.
Entre les colonnes blanches et ciselées,
C’est la marche lente des fiancés.


A l’envers de cette magique draperie,
Une âme fredonnait une chanson ;
A l’abri de l’allégorique rideau de théâtre,
Elle modulait un autre monde vivant aussi,
Faisant découvrir le mystère de la toile arrazi.


Nuance du temps,
Nuance du vent.
Entre les colonnes blanches et ciselées,
C’est la marche lente des fiancés.

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