Rencontre à Ganagobie
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"Ganagobie", "Ganagobie"... ce nom de lieu résonne comme un mantra. Or, ce terme reste très mystérieux, car diverses explications ont été données sur son sens. Je m'y suis rendue afin de visiter l'ancien prieuré datant du XIIe, devenu abbaye et qui se situe près de Forcalquier.
Le chemin d'accès frangé de cairns arpente un plateau arboré sur lequel plane une odeur de lavande, d'herbe séchée, de résine de pin, de terre et de romarin.
Bientôt, j'aperçois devant moi l'église provençale qui apparaît au bout d'une allée bordée de chênes et d'amandiers.

Le porche roman sculpté appelle le regard par ses sculptures travaillées ; puis en poussant la porte, je pénètre dans l'obscurité douce du lieu, derrière moi la tribune et l'oculus marquent une présence magistrale dans la lumière chaude, diffuse et apaisante.

Tout est silencieux, je suis seule, et en avançant, je distingue une imposante vierge en bois qui brille de loin, elle date de la même époque que l'édifice et trône sur un socle près de l'entrée du cloitre ; les bancs permettent de s'assoir pour la contempler ainsi que tout l'environnement riche en témoignages architecturaux, notamment des mosaïques très anciennes d'un grand intérêt.

Je ne m'étendrai pas sur les richesses du monastère, car plusieurs sites y consacrent une étude approfondie et parce que ma promenade vira dans un autre domaine.
En effet, les moines entrent bientôt par une porte située sur le côté pour chanter les psaumes de la sexte. Les sons doux montent dans le chœur et je ressens beaucoup de bien-être ; le temps passe dans le recueillement et l'un d'eux vient tirer la loche dont la corde se trouve au bas des marches devant l'autel, puis ils repartent lentement.
En sortant de l'édifice, je suis attirée par un imposant tilleul puis par une grande voie que je parcours pour dominer à son extrémité la vaste vallée de la Durance, offrant un paysage de lumière claire où le fleuve s'écoule en méandres.

Et près du cimetière des moines, une dame vient vers moi, petite et âgée qui commence à me parler ; elle me dit à voix basse qu'elle connait tous les religieux ensevelis à même la terre et couverts d'un linceul. Je l'écoute avec attention et elle me demande si je veux voir la source ? Oh, que oui ! ; c'était aussi compris à l'origine dans mon désir de balade en ce lieu béni, mais je ne savais pas où elle se trouvait.
Sur ce, nous empruntons une sente et longeons d'anciennes tombes creusées dans le rocher.

Je la suis sur un chemin garni de pierres posées en calade et bientôt, nous passons sous les arches des yeuses qui poussent entre d'énormes blocs de rochers ; la lumière y filtrant, crée une atmosphère de rêve, comme si nous passions dans un autre décor bucolique et animé.

Des arceaux de branches sillonnent une végétation exubérante d'où sortent d'étranges formes de roche couvertes de mousse. La dame avance lestement, comme étant du lieu depuis toujours. Je m'aventure en lui faisant confiance et en ne la perdant pas des yeux, curieuse de connaître les endroits secrets. Bientôt sur le côté gauche, une voûte de pierres protège un suintement d'eau, la terre y est obscure et mouillée ; la forme de cette fontaine est assez intrigante, aménagée dans le flanc montagneux.

Mais l'accompagnatrice me fait signe qu'il faut descendre encore, suggérant que le plus important est à venir. Nous faisons face alors à de gros morceaux de roche tombés de la falaise, les contournons pour apercevoir un lavoir rempli d'eau.

Mon guide m'explique que l'eau infiltrée et retenue dans le plateau s'écoule au fond de la grotte. Sur ce, elle coupe des herbes spécifiques qu'elle m'offre en souvenir. Les moines venaient laver ici me précise-t-elle ; et elle m'invite à prolonger la pente vers une réserve d'eau remplie de végétation dans laquelle jadis s'y ébattaient des carpes. L'endroit est vertigineux.

En rebroussant chemin, l'habituée des lieux m'indique une cathèdre taillée dans le rocher, laissant supposer qu'en cet endroit l'énergie doit être forte. En effet, le fauteuil ne fut pas creusé au hasard, car derrière lui s'élève une faille, indiquant la percée à travers le plateau.
Je remercie alors cette initiatrice pour tout ce qu'elle m'explique ; mais ce n'est pas fini ; voici qu'elle demande à la boutique en sortant du domaine la clef pour entrer dans le jardin des moines parce qu'il y a des statues qu'elle veut me montrer ! Et nous voilà maintenant en train de pénétrer dans un lieu clos, sauvage et je me pique aux herbes épineuses, mais admire avec enthousiasme des statuettes posées sur des stèles le long du mur d'enceinte. De là, elle m'emmène, toujours agile, devant une magnifique borie dont l'entrée est haute et voûtée ; un véritable chef-d'œuvre qui me surprend par son architecture imposante et son état parfaitement conservé.
Merci à la vie, merci à cette éclaireuse à différents niveaux de m'avoir invitée de façon inattendue à découvrir les côtés cachés de ce prieuré de haute Provence qui reste préservé sur son promontoire ; ce fut un moment de partage simple, presque en conciliabule et qui me laisse une empreinte de sérénité.















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